Décembre
2009
Daniel Gourtschin,
Aperçu historique
du développement général de la pharmacie en Russie, et en particulier
de la "Pharmacie Ferrein", fondée sous le règne de Pierre le Grand en
1701
Moscou :
typo-lithogr. Kouchnéref & C.ie, 1910.
23 p. - 27 p. de pl.
Cote BIUP : 6891
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Découvrir la Pharmacie Ferrein
en images
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La “plus grande pharmacie du monde” : la pharmacie russe Ferrein à la veille de la Grande Guerre. |
Portrait de Charles Ferrein [Cote BIUP : 6891]
Portrait de Woldemar Ferrein [Cote BIUP : 6891]
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Dès l’époque d’Ivan IV le Terrible, premier des Tsars
(règne 1547-1584), la cour impériale de Russie s’adjoint les services
d’apothicaires, généralement originaires d’Europe de l’Ouest (par ex.,
le Hollandais Arendt Classen, et surtout Thomas Carver et James
Frenchman, l’un des savants britanniques appelés par l’anglophile Ivan
IV à sa cour dans les années 1570-1580). L’empreinte des professionnels
allemands et anglais a été durable et profonde dans l’organisation du
système médical tsariste, tout comme l’a été en général l’influence de
l’Occident dans le modelage de la Russie moderne, dans les domaines
administratifs, militaires et scientifiques. Les services des
apothicaires des Tsars étaient à l’origine réservés aux princes et à
leurs troupes armées ; mais dans le courant du XVIIe siècle, et surtout
avec l’avènement de Pierre le Grand, le pouvoir russe encourage la fondation de nouvelles pharmacies
pour le contrôle des produits pharmaceutiques et pour leur vente au
tout-venant ; tout en limitant strictement le nombre de concessions
privilégiées, il s’agit aussi de contrevenir au développement des
herboristeries, drogueries et étals des rues.
C’est ainsi qu’en 1701, à Moscou, le tsar Pierre le
Grand accorde deux brevets et concessions publiques à l’apothicaire de
la Cour Gregorius, ainsi qu’à Daniel Hurzyn. Ce dernier fonde dans le
nouveau « Faubourg allemand », où s’installent de nombreux marchands
étrangers et autres immigrants, une officine qui allait acquérir une
grande réputation. La pharmacie passa entre diverses mains (et
notamment celles du pharmacologue Georg Friedrich Hildebrand), avant
d’être achetée en 1832 par Karl Ferrein, pharmacien originaire de
Prusse et diplômé de l’université de Moscou. Karl, et surtout son fils
Woldemar, vont donner à leur maison une envergure internationale.
Devenue « Société W.K. Ferrein » (compagnie par actions) en 1902,
l’entreprise emploie vers 1910, au faîte de sa puissance, près de 1000
agents, et comprend notamment :
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- la pharmacie originelle rue
Nikolskaïa (principale artère commerciale de l’ancienne ville de
Moscou), et des locaux pour la vente au détail, s’étendant sur près de
17000 mètres carrés
- un laboratoire chimique et d’analyse bactériologique
en extension de
cette dernière, divisé en de nombreuses sections (matières premières,
préparations galéniques, produits chimiques, articles cosmétiques et
d’hygiène, pansements et antiseptiques, moulins et machines, greniers
pour le séchage et le triage des végétaux, verrerie...)
- deux autres officines moscovites pour la vente au
détail
- un commerce de drogues en gros, occupant plusieurs
bâtiments de trois
étages (avec mansardes et souterrains), jouxté de laboratoires pharmaceutiques.
- des champs pour la culture de plantes médicinales à
Podolsk, au Sud
de Moscou
- une usine de produits chimiques à Mologa, près de
Yaroslav.
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Dames copiant les ordonnances
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Couverture et page de titre [Cote BIUP : 6891] |
L’exemplaire de cet ouvrage très publicitaire conservé à
la BIU de Pharmacie a certainement été donné à l’un des professeurs de
pharmacie de Paris lors du Congrès international de pharmacie tenu à
Bruxelles en septembre 1910. La maison Ferrein est alors l’emblème du
capitalisme pharmaceutique russe : Woldemar Ferrein est non seulement à
la tête d’une immense société, mais aussi Conseiller d’Etat et de
Commerce du tsar Nicolas II, leader de la Société des pharmaciens de
Moscou et d’une importante mutuelle professionnelle, et directeur du
journal des pharmaciens propriétaires russes, le Farmats. Zhurnal.
Dès 1892, Ferrein doit faire face à l’une des toutes premières grèves
de pharmaciens de l’histoire, et c’est en partie en réaction à son
omnipotence que sont créés la Société des pharmaciens de Russie et la
revue Farmats. Vestnik.
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J. Sanders a notamment mis en évidence la place centrale
de la maison Ferrein dans le processus qui mena nombre d’assistants
pharmaciens à prendre part aux troubles révolutionnaires de 1905 en
Russie. Ferrein n’accepte aucun Juif parmi ses 150 aides-pharmaciens,
les ferreinovtsy (allant en
cela dans le sens d’un certain
antisémitisme d’Etat ; or les Juifs représentent près du quart des
diplômés russes de la pharmacie, aux côtés d’autres importantes
minorités comme les Polonais et les Allemands). La grève du personnel
qu’il affronte en février 1905 (et face à laquelle il doit céder :
journée de huit heures, augmentation de salaires, égalité de conditions
entre hommes et femmes) est un des préludes à une agitation sociale
générale, menant à l’élection d’une assemblée nationale ou Douma, à la
grève générale d’octobre 1905 et à la fin de l’absolutisme en Russie.
Certains pharmaciens radicaux (dont des femmes, qui ne pouvaient
exercer la pharmacie que dans des conditions limitées depuis 1871,
ainsi que des Juifs) figurent parmi les principaux meneurs
anti-tsaristes de la première révolution russe.
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La pharmacie fondée par Ferrein devient pharmacie d’Etat
après la prise du pouvoir par les Bolcheviks en 1917 ; l’une de ses
antennes va donner naissance à l’une des principales usines chimiques
et pharmaceutiques d’Union soviétique, la L.Y. Karpov.
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Jonathan SANDERS, « Drugs and Revolution : Moscow pharmacists
in the First Russian Revolution », The
Russian Review,
vol. 44, 1985, p. 351-377.
Hans HEGER, « Die grösste Apotheke der Erde (W.K. Ferrein in
Moskau) », Pharmazeutische
Post,
1901, n°25-26, p. 333-340 et 349-359. [Cote BIUP : P 10081]
Alexandre FERREIN, Yerba
Santa (Eriodictyon Californicum) au point de vue pharmacognistique,
Moscou, 1893. 64 p., 16 pl. de fig. [cote BIUP : 20638]
La BIUP conserve un exemplaire
de la thèse d’un membre de la dynastie Ferrein, Alexandre (décédé avant
d’avoir pu reprendre l’affaire de son père Woldemar), portant sur
l’herbe sacrée des Mexicains ou « herbe aux ours ». Alexandre Ferrein
dirigea un temps la station agronomique et bactériologique fondée au
sein du jardin botanique et zoologique de Moscou aux frais de son père.
Voir également sur le site de l’Ordre des pharmaciens, la
présentation de la série des publicités pharmaceutiques « Visages de l’officine : pharmacies anciennes
sauvegardées », éditées par les laboratoires Roussel et illustrées
d’aquarelles d’artiste signées Pierre-Paul Darigo.
Pour tout renseignement complémentaire,
vous pouvez contacter le responsable du fonds ancien, Jean-Marie
Feurtet